J’avais enfin réussi à m’endormir. D’un sommeil léger, certe… mais ma tête avait enfin pu commencer à se reposer.
J’ai entendu un bruit fort. Je savais ce que c’était, mais j’ignorais pourquoi cet objet était tombé. Il y a quelques années j’ai peint un tableau rouge, bariolé d’émotions. Aussi abstrait qu’étaient mes sentiments à l’époque. Le thème était amour. Mais à le regarder, il représente plutôt la souffrance que peut parfois ressentir une personne lorsqu’elle pense à l’amour. Sur ce tableau, il y a des visages déformés par les coups de pinceaux, un coeur qu’on croit exploser… et une phrase.
«La grande quête et la mort qui s’ensuit.»
Je trouve ça plutôt ironique que ce cadre soit tombé aux lendemains d’une rupture. La vie m’envoie certainement un message.
Je suis en colère. La peine, ça va. Je pense l’avoir bien explorée la première fois qu’il m’a quitté. La peine survient quand on se fait surprendre par un événement malheureux. La colère c’est quand on a toujours cru à la possibilité qu’il arrive quelque chose et que ce quelque chose finisse par arriver. La colère… je gère très mal cette émotion. J’y suis rarement allé et je ne sais pas par quel bout la prendre. La peine ça va… j’ai déjà donné.
La première fois qu’il est parti ça m’a anéanti. Son désir de prendre du temps pour lui afin de réfléchir au fait de vouloir ou non être en couple m’a prise par surprise. Je savais bien sûr qu’il sortait à peine d’une relation alors bien que ça me surprenait désagréablement, je pouvais comprendre ce besoin de réfléchir et de se recentrer sur lui-même. Je l’ai laissé partir. À contre coeur, mais sans résistance. Son besoin était fort légitime.
J’ai demandé à couper les ponts avec lui. J’avais trop mal et le fait qu’il revienne et parte de ma vie en prenant des nouvelles et en me disant qu’il pensait à moi ne m’aidait guère à me remettre de cette rupture. Ça a pris quelques temps avant qu’il comprenne mon désir. Il s’est effacé… pour mieux revenir quelques semaines plus tard suite à une discussion que nous avons eu alors que j’étais parti sur un coup de tête à Mexico City, une ville où personne ne me connaissais, ou il n’y avait pas grand chose d’autre à faire que de réfléchir et de penser à moi. Ce fut difficile de me retrouver face à moi même, mais je l’ai fait et ça m’a apporté beaucoup de bien. Bref, à mon retour de Mexico, T. est venu me rejoindre à une soirée bénéfice organisée au profit de la Fondation dans laquelle je m’investis. J’étais nerveuse. Pour quels motifs était il venu? J’ai su plutôt vite parce que c’est suite à cette soirée que nous sommes revenu ensemble. Il avait réfléchit et ne voulait pas me laisser partir. Bien…
J’ai abordé cette «nouvelle relation» avec un peu de retenue au départ. Je sentais que je devais mettre les choses au clair avant de me ré embarquer avec lui. J’avais été échaudé, je n’avais pas du tout envie de l’être une seconde fois. Je m’entends encore lui dire…
«Sais-tu ce que tu fais ? As-tu bien réfléchit? Si tu reviens, tu reviens pour de bon parce que ce n’est pas vrai que je vais revivre ça une deuxième fois. Ma position n’a jamais changé. La fille que j’étais avant que tu me quittes, est toujours la même. Avec les mêmes désirs de s’engager, avec le même besoin d’être aimer.»
«Oui, je sais ce que je fais. Je veux simplement qu’on y aille tranquillement. Je tiens à toi.»
Voilà le mot qui m’est resté en tête : tranquillement. Ce que je comprenais dans ce mot c’était qu’il voulait y aller à son rythme. J’étais prête à le faire, je l’aimais et j’étais heureuse de son retour. Au début, nous y sommes allé tranquillement, mais viens un moment dans la relation où on a envie de s’investir de bâtir quelque chose. Où on a envie de faire des plans et de sauter à pieds joints dans la vie de couple. J’ai sauté. Il ne m’a pas suivi. Un pied dedans, un pied dehors… parfois un pied pesant plus que l’autre. Je n’ai jamais senti que T. s’était complètement abandonné dans cette relation. D’où, probablement, mon comportement craintif et prudent face à lui. Je voulais respecter son rythme alors que le miens avait un tempo plus rapide. Difficile de s’accorder au final.
Lundi soir, après une semaine fort chargée en émotions, il est venu à la maison. Je savais ce qu’il venait m’annoncer. Tout le week-end je n’avais cessé de faire de l’angoisse. Allant même jusqu’à faire des crises de panique. Je savais, mais je ne voulais pas y croire. Ces derniers temps étaient plus difficile pour moi. J’ai eu les émotions en dents de scie pour un paquet de facteurs qui seraient trop long à expliquer… Bref, je n’étais certainement pas la femme aussi joyeuse et bout-en-train dont T. a l’habitude de partager sa vie. Ça arrive. Des hauts et des bas dans la vie, il y en aura toujours, mais je crois que ce fut l’élément déclencheur de sa réflexion.
Voilà qui se dressait devant lui une belle porte de sortie. La réflexion faite il y a quelques mois n’avait jamais été poussée jusqu’au bout. Il est revenu dans ma vie croyant que ça y était, qu’il pouvait maintenant plonger et s’engager avec moi. Mais l’engagement comportait des responsabilités et ces responsabilités, il n’a jamais eu le coeur de les prendre. Et voilà qu’il repart de plus belle.
Ce qui me choque le plus dans tout ça c’est que je lui avais laissé le temps nécessaire à sa réflexion quand il m’a quitté la première fois. Il avait le choix de partir à tout jamais ou de revenir. Je ne lui ai pas tordu un bras. De toute façon, mon processus de deuil de la relation étant déjà entamé… qu’il revienne n’aurait été qu’une belle surprise, mais à laquelle je ne voulais pas trop m’accrocher. À mon grand désarroi, il est revenu pour mieux me quitter.